Le Berger Allemand

L'histoire du Berger Allemand

Partie 1 : Le chien, le loup et l'homme : -135000 ans, apparition du chien

  1. Une diversité de noms pour une même espèce
  2. De l'apprivoisement du loup à sa domestication
  3. Du loup vers le chien
  4. Origine et histoire du Berger Allemand
  5. Court aperçu historique

 

 


À cette époque, l’homme n’était pas encore sédentaire et se nourrissait des produits de sa chasse dont il suivait les migrations.
Les changements climatiques – fin d’une période glaciaire et réchauffement brutal de l’atmosphère – qui se sont opérés, il y a environ 10 000 ans lors du passage du pléistocène à l’holocène ont conduit au remplacement des toundras par des forêts et, par voie de conséquence, à la raréfaction des mammouths et des bisons au profit des cerfs et des sangliers.
Cette diminution du gibier traditionnel a poussé les hommes à inventer de nouvelles armes et à adapter leurs techniques de chasse. Ils se trouvèrent alors en concurrence avec les loups qui se nourrissaient du même gibier et utilisaient les mêmes méthodes de chasse en meute faisant appel à des “rabatteurs”.
L’homme a dû alors tout naturellement tenter de faire du loup son allié pour la chasse en cherchant, pour la première fois, à apprivoiser un animal bien avant de se sédentariser lui-même et d’élever son bétail.
Ainsi, le chien primitif était indiscutablement un chien de chasse et non un chien de berger.

 

"La découverte d’empreintes et d’ossements de loups dans les territoires occupés par l’homme en Europe remonte à 40 000 ans bien que leur réelle utilisation ne soit pas encore authentifiée par l’Homo sapiens sur les fresques préhistoriques."


La domestication du loup accompagne donc le passage de l’homme de la période de “prédation” à la période de “production”. Elle a certainement débuté par l’apprivoisement de quelques individus. Même si ce travail d’apprivoisement doit être repris à la base à la mort de chaque individu, il ne constitue pas moins la première étape indispensable pour conduire à la domestication d’une espèce incluant, dans une deuxième étape, la maîtrise de sa reproduction.
La domestication du loup a sans doute commencé en Orient, mais ne s’est pas réalisée en un seul lieu, ni du jour au lendemain, si l’on se réfère aux nombreux centres de domestication découverts dans les sites archéologiques.
Plusieurs tentatives ont dû être conduites en différents points du globe sur de jeunes louveteaux issus de plusieurs groupes et mener à une imprégnation irréversible à l’homme, pendant leur période néonatale, puis au rejet des congénères qui caractérisent la réussite de la domestication.
Ce succès a sans doute été favorisé par l’aptitude naturelle des louveteaux à se soumettre aux règles hiérarchiques d’une meute.
Même si quelques louveteaux femelles devenus adultes ont pu, de temps à autre, êtres fécondés par des loups sauvages, les produits de ces accouplements, élevés à proximité de l’homme, ont subi également cette imprégnation interspécifique, limitant les possibilités de retour à l’état sauvage.

 


Comme dans toute domestication, l’asservissement du loup s’est accompagné de plusieurs modifications morphologiques et comportementales en fonction de notre propre évolution. Ainsi les changements observés sur les squelettes témoignent d’une sorte de régression juvénile, appelée “pédomorphose”, comme si ces animaux, devenus adultes, avaient gardé, au fil des générations, des caractéristiques et certains comportements immatures : réduction de la taille, raccourcissement du chanfrein, accusation du stop, aboiements, gémissements, attitudes ludiques... qui font dire à certains “archéozoologues” que le chien est un animal en voie de spécialisation, resté au stade de l’adolescence et dont la survie dépend étroitement de l’homme.

Paradoxalement, ce phénomène s’accompagne d’une réduction de la période de croissance, aboutissant à un avancement de la période pubertaire et autorisant ainsi un accès à la reproduction plus précoce, ce qui expliquerait pourquoi, de nos jours, la puberté est plus précoce chez les races de chiens de petite taille que chez les grandes races et, dans tous les cas, plus précoce que celle des loups (environ deux ans).
Parallèlement, la dentition s’adapte à un régime plus omnivore que carnassier, les chiens domestiques ayant pu se “contenter” des reliefs alimentaires des hommes sans avoir à chasser leur pitance.
Cette sorte de “dégénérescence” qui accompagne la domestication se rencontre également dans la plupart des espèces comme l’espèce porcine (raccourcissement du groin), ou même chez les renards d’élevage qui peuvent adopter, en une vingtaine de générations seulement, un comportement de petits chiens.

La relation domestique semble donc aller à l’encontre de l’évolution naturelle - à moins de considérer l’homme comme une partie intégrante de la nature pour s’apparenter à une technique de sélection. Les tentatives de domestication qui se sont soldées par des échecs ne sont pas rares au cours de l’histoire de l’homme.
Ainsi, les essais de domestication conduits par les anciens Égyptiens sur des hyènes, des gazelles, des félidés sauvages ou des renards n’ont, dans le meilleur des cas, abouti qu’au seul apprivoisement de quelques individus. Plus récemment, les mêmes tentatives menées sur les dingos sauvages ont également échoué. De même la domestication du chat peut parfois, sous bien des aspects, paraître inachevée...

 

 

 


Admiré pour sa polyvalence et son intelligenallemand incarne pour beaucoup de cynophpar excellence. Il est aujourd’hui la race ladue dans le monde, bien que sa création sque nous lui connaissons aujourd’hui soit rrécente. C’est seulement à la fin du siècle dernier, en effet, qu’un officier de cavalerie prussien, le capitaine Max von Stephanitz, qui rêvait de réaliser une synthèse des chiens de berger de son pays en même temps que d’en fixer de façon durable les propriétés les plus remarquables, produisit le premier Berger allemand moderne, à l’issue d’une campagne de sélection et d’élevage particulièrement rigoureuse.
Certes, les chiens de berger existaient depuis des siècles en Allemagne, mais leur morphologie différait grandement selon les régions. Leur taille, leur robe, la texture de leur pelage variaient parfois considérablement d’une lignée à l’autre. De fait, les éleveurs s’étaient jusque-là fort peu attachés aux apparences, et ils avaient surtout privilégié la recherche des qualités morales sans lesquelles il n’est pas de bon chien de troupeau : calme, obéissance, endurance, rusticité.

Cet empirisme fort peu conforme au génie national et au sens de l’organisation allemands ne pouvait satis faire longtemps les cynophiles d’outre-Rhin, et c’est la raison pour laquelle fut créée dès 1891 la première véritable association d’éleveurs spécialisés. Baptisée Phylax par ses fondateurs, elle se donnait pour vocation la promotion et l’amélioration des races locales de chiens de berger, notamment pour la création d’un livre généalogique officiel. Mais, passant d’un extrême à l’autre, elle mit trop l’accent sur les caractéristiques extérieures de la race au détriment du caractère, et les sujets produits sous son égide ne furent guère satisfaisants.
Cette première tentative se solda donc par un échec. Échec relatif car la Phylax avait fait naître dans l’esprit des amateurs, et surtout dans celui de von Stephanitz, l’idée de créer un chien à l’image d’un pays tout entier, pénétré du goût du sport et de la compétition.

Chiens de berger des années 1900L’intérêt que von Stephanitz portait aux chiens de berger était donc loin d’être nouveau lorsque se produisit le déclic décisif: le 3 avril 1899, au cours d’une exposition canine que l’officier visitait en compagnie de son ami Arthur Meyer, son attention fut attirée par un sujet jaune et gris de taille moyenne, gardien de troupeau en activité, qui répondait au nom martial d’Hektor Linksrhein et qui semblait réaliser une bonne synthèse des qualités recherchées. Max von Stephanitz décida sur le champ de l’acheter pour son chenil “von Grafrath”. Rebaptisé Horand von Grafrath, ce chien devait être à l’origine d’une des lignées les plus prestigieuses de l’histoire de la cynophilie.
Quelques jours plus tard, le 22 avril, von Stephanitz créait avec un groupe d’amis l’Association des éleveurs de Chiens de Berger allemand (Verein für Deutsche Schäferhunde, SV), dont il prit la présidence.
Il allait ainsi pendant 34 ans, veiller aux destinées de la race et fixer à l’élevage les objectifs et les orientations qu’il avait lui-même définit.

Dans ses choix, von Stephanitz se montra à la fois réaliste et prudent. Sa sagesse première consista à n’exclure aucun sujet de sa base de sélection, dès lors qu’il s’agissait bien d’un chien de berger local, même si ce dernier n’avait que de très lointains rapports avec l’animal idéal tel qu’il l’imaginait. Pour lui, l’aspect extérieur de l’animal, la couleur de sa robe ou la qualité de son poil étaient secondaires, l’essentiel étant d’abord de préserver et de fixer ses qualités ancestrales de chien de travail.
Remarquable centralisateur, Max von Stephanitz organisa très tôt une exposition annuelle et parvient ainsi à montrer par l’exemple aux juges la ligne qu’ils devaient suivre, mais aussi à guider les éleveurs dans le choix de leurs reproducteurs. Peu à peu, presque insensiblement, une certaine uniformité commença ainsi à prévaloir, cependant que toute tentative de déviationnisme était systématiquement fustigée, puis corrigée par le dirigeant de la SV.


C’est à partir de 1899, après la création de la société spéciale (S.V.), que commença l’élevage méthodique au départ de chiens de garde du Centre et du Sud de l’Allemagne existant à l’époque, avec comme objectif la création d’un chien de travail capable d’un haut rendement. C’est dans ce but que fut établi un standard prenant en considération les caractères tant physiques que mentaux.

Après l’acceptation officielle de l’Association du Berger allemand e.V. (SV), dont le siège est à Augsburg, par l’Union cynologique allemande, le VDH (Verband für das Deutsche Hundewesen), celle-ci est désignée comme responsable créatrice du standard de la race du Berger allemand, établi à la première assemblée des membres à Francfort/Main, le 20 septembre 1899, sur proposition de A. Meyer et de M. von Stephanitz. Ce premier texte fut complété à la 6e assemblée générale du la 6 assemblée générale du 28 juillet 1901 et à la 23e assemblée générale à Cologne/Rhin le 17 septembre 1909, à la réunion du comité directeur et du conseil consultatif du 5 septembre 1930 à Wiesbaden et à la suite de la séance de la commission d’élevage et du comité directeur le 25 mars 1961.

Ce standard a encore été revu dans le cadre de la WUSV (Weltunion der Vereine für Deutsche Schäferhunde/Union mondiale des sociétés du Berger allemand).
Finalement, le standard a été remanié le 23-24.03.1991 par décision ayant force de loi des comités directeurs et consultatifs (Standard FCI Nr. 166, 30-08-1991/D).
Après la grande guerre, l’élevage du Berger allemand était en piteux état et les éleveurs s’étaient orientés vers des sujets de format carré et de taille nettement supérieure à la norme initialement fixée. M. von Stephanitz n’hésita pas à intervenir et impose en 1925 le petit Klodo vom Boxberg (Champion allemand 1925), afin de contrer cette tendance au gigantisme.

Trente ans plus tard, le docteur Funk, confronté au même problème, réagira de la même manière avec Alf v. Nordfelsen et il répliquera aux critiques : “qui n’est pas d’accord ?”. En 1936, Max von Stephanitz part pour toujours au paradis du Berger allemand. Caspar Katzmaier lui succède. Par la suite, le SV sera dirigé successivement par le docteur Werner Funk (1956-71, le docteur Christoph Rummel (1971-82)), Hermann Martin. (1982-94), Peter Messler (1994-2002) et Wolfgang Henke (2002...). Chacun de ces hommes poursuivra l’œuvre entreprise dans le même sens : d’une part améliorer le Chien de Berger allemand dans sa morphologie, caractérisée par une taille moyenne, et dans son comportement, marqué par un seuil moyen d’excitabilité, et d’autre part, empêcher la formation de grands chenils d’élevage.
Bien évidemment, l’aspect s’est modifié, les chiens les plus marquants de l’arbre généalogique, Horand v. Grafrath, Utz v. Haus Schütting, Canto v.d. Wienerau et, Uran v. Wildsteiger Land, illustrent bien cette évolution d’un animal d’abord à la fourrure vieil or, ombrée de noir, peu angulé à l’arrière, plus ou moins ensellé, court et très proche du Malinois, vers un sujet bien noir et feu, fortement angulé dans ses membres postérieurs, avec une ligne de dos nettement inclinée.

Au fil des années, les juges ont dirigé les éleveurs pour produire des animaux bien équilibrés dans toutes leurs parties et infatigables dans le travail.
Le Berger allemand est au top niveau dans la partie utilitaire. Ne le voit-on pas comme chien de catastrophes, d’avalanches, d’intervention, comme chien guide d’aveugle, de dépistage de drogue ou d’explosifs. Si les troupeaux ont en grande partie disparu, d’autres travaux le sollicitent de partout.

À tel point qu’on peut se demander comment cette race peut montrer autant de polyvalence. Il est en effet évident que les qualités requises pour chacune de ces tâches sont différentes, voire même diamétralement opposées.

Ainsi un chien guide d’aveugle doit être pondéré et sociable, alors qu’un chien d’intervention doit posséder une bonne dose d’agressivité mais bien dirigée.
Le secret de la réussite du Berger allemand réside dans l’importance de son cheptel et le nombre élevé de ses lignées. Ces différentes lignées ont des constances génétiques très uniformes. Pour garantir cette immutabilité, actuellement en Allemagne, tous les sujets mâles et femelles utilisés en élevage doivent obtenir un test ADN prouvant la filiation aux parents repris sur le Pedigree.
Remarquons ici que sous peu (01-01-2009) en Belgique un règlement semblable entrera également en vigueur.

Le Berger allemand reste aussi le compagnon idéal, gardien et ami de la famille. Il donne son affection sans borne à son maître et à ses proches et il adore jouer avec les enfants.
Il est dommage que les médias aient de si mauvaises connaissances en matière de chiens : qu’un chien aux oreilles droites et à l’aspect de berger morde et c’est aussitôt le Berger allemand qui est sur la sellette ! La vérité est tout autre : avec un Berger allemand pure race, bien né, de bonne souche, bien sélectionné, les risques d’accidents sont à exclure. Le Berger allemand demeure pour très longtemps encore, le chien le plus utile à l’homme et l’exemple en matière de chien de défense, de recherche et d’utilité.